La question linguistique au Maroc

Par : Boussetta Mourad, professeur de droit à l’Université Cadi Ayyad au Maroc

 

Le Maroc n’en a pas encore fini avec un vieux problème de langue ramené a une sorte de confrontation entre l’Arabe, le Hassani et le Tamazight (langue de la population dite berbère mais qui s’appelle historiquement « imazighen »[1]).

 

Ces derniers sont donnés comme les premiers habitants de ces contrées et l’’histoire, à leur propos, a encore des choses à révéler car ils sont restés, (eux et leur culture) pendant longtemps, marginalisés quand ils ne sont pas tout simplement niés.

 

La question linguistique a toujours été une question d’hégémonie et de primauté d’une langue (et d’une culture) sur une autre. L’argument qui fait de la langue arabe une langue supérieure -car langue du Coran- est toujours d’actualité, mais les Imazighen (berbères) ne l’entendent plus de la même façon et sont déterminés à faire valoir leur langue et leur culture coûte que coûte

 

Bien-sûr, la réalité historique est plus compliquée que cela.

 

Malgré les multiples invasions : phénicienne, romaine, byzantine, ces contrées ont vu la fondation de dynasties proprement locales ; ce que GSELL appellait les « Les royaumes indigènes », mais l’histoire « arabe » les a occultés et continue à le faire !

 

Bien plus, des dynasties « berbères » comme les Almoravides et les Almohades (X-XII ème siècle) purent fonder des empires qui régnèrent sur une grande partie de l’Afrique du Nord et de l’Espagne. Mais elles régnèrent au nom de l’Islam quand bien même leurs doctrines n’avaient pas les mêmes fondements et contenus idéologiques.
La question linguistique tamazight au Maroc intéresse tout le monde : les gouvernants, les partis politiques et la société civile à travers des associations très actives à ce sujet.

 

Elle est en voie de trouver une solution au Maroc du moins au niveau de sa reconnaissance.

 

En effet, Le Souverain actuel, dans un discours historique du 17 octobre 2001, Ajdir (région de Khénifra)[2], a annoncé la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe qui, depuis cette date, œuvre à la promotion de la langue et la culture amazigh.

 

Bien plus, la dernière Constitution (art. 5) fait de tamazighte une langue officielle à côté de l’arabe et du hassani (Sahara), n’en déplaise aux tenants d’une arabisation radicale.

 

Par le passé récent, cette langue (culture) bénéficiait d’une diffusion radiophonique limitée selon les régions[3].

 

Les noms d’origine amazigh étaient interdits à l’état civil et devaient comporter une connotation arabe…

 

La justice, rendue en arabe, depuis une loi de la marocanisation et de l’arabisation de la justice de 1965, privait une grande frange de la population de la compréhension de ce qui tramait dans les procès (Déjà, que les procès par eux-mêmes sont compliqués!).

 

La langue berbère et sa culture sont vues, de certains côtés, comme des aspects « folkloriques » d’une culture millénaire qui a su se préserver au long de l’Histoire.

 

Seulement, la politique d’ouverture et la reconnaissance de cette langue permet au Maroc, non seulement d’amortir des secousses ethniques et linguistiques potentielles, mais aussi d’éviter des amputations culturelles dangereuses outre l’enrichissement des domaines culturels et civilisationnel de toute une Nation.

 

On a commencé par endroits à enseigner le tamazight et le code de procédure pénale prévoit l’obligation de faire appel à un interprète chaque fois que la nécessité de l’enquête le dicte c’est-à dire chaque fois que la personne concernée ne parle pas ou ne maîtrise pas la langue arabe (c’est qui est le cas de certains amazighophones).

 

Mais beaucoup de choses restent à réaliser et les embûches et les difficultés ne manquent pas. Elles peuvent être surmontées par une volonté politique sincère.

 

 

[1] – « Imazighen » est le pluriel d’Amazigh qui signifiait Homme libre. La langue utilisée est « le tamazight ».

[2] – C’est la région du pays Zayan située au Moyen-Atlas et un haut lieu du tamazight. C’est aussi le pays d’origine de la mère du Souverain actuel.

[3] – Car en réalité il existe trois parlers amazigh au Maroc :

  • Nord : tarifit;
  • Moyen-Atlas et une partie du Haut-Atlas : tamazight;
  • sud/sud-ouest – Haut-Atlas, Anti-Atlas et Sous : tachelhit.
  • Tous ces parlers sont englobés dans la langue : le tifinagh

 

*The opinions expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect the view of the National Observatory on Language Rights.

 

*Toutes opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la vision de l’Observatoire national en matière de droits linguistiques.

Ce contenu a été mis à jour le 22 septembre 2016 à 14 h 30 min.

Commentaires

2 commentaires pour “La question linguistique au Maroc”

KOURID Ahmed

8 janvier 2017 à 21 h 04 min

Un très bon article  !
de l’appart d’un très bon professeur !
bon courage Mo Prof

Agourram Taha

12 mars 2017 à 6 h 04 min

Vous gérez trop Prof !
Bon courage mon professeur !

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