L’Ontario à l’OIF : un moment historique pour les Franco-Ontariens

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Par Étienne Rivet-Dumontet, étudiant chercheur

 

Après un long processus et plusieurs mois d’attente, la décision est enfin tombée : l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a officiellement accueilli l’Ontario parmi ses membres en lui accordant le statut d’observateur [1]. C’est le 26 novembre dernier, à Madagascar, à l’occasion du XVIe Sommet, que cette décision fut rendue.

Il s’agit d’une annonce importante que la communauté franco-ontarienne attendait depuis très longtemps et qui n’a d’ailleurs pas manqué d’être saluée chaleureusement par plusieurs acteurs de la société civile œuvrant pour la défense des droits des francophones en Ontario [2]. Trop souvent, il nous arrive d’oublier que la plus grande communauté francophone hors Québec au Canada se situe chez nos voisins ontariens. En effet, selon les dernières données officielles disponibles, datant de 2011 [3], la province de l’Ontario compte près de 600 000 locuteurs francophones parmi la population totale qui s’élève à plus de 13 millions d’habitants. Plus précisément, ce sont 561 155 résidants ontariens qui ont déclaré le français comme langue maternelle.

Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

L’Ontario est donc officiellement la troisième province canadienne à rejoindre les rangs de l’OIF, après le Québec et le Nouveau-Brunswick qui y figurent tous deux à titre de « gouvernement(s) participant(s) » [4]. Pour ceux et celles qui sont moins familiers avec l’Organisation internationale de la Francophonie, il s’agit d’un organisme créé en 1970, initialement connu sous le nom de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), qui vise à promouvoir la langue française et à développer des relations de coopération entre les 84 États et gouvernements membres ou observateurs [5]. Cet engagement de coopération se décline sous quatre axes principaux appelés « opérateurs ». Il est entre autres question de la mise en œuvre d’une Agence universitaire de la Francophonie (AUF), de la création d’une chaine internationale de télévision, connue sous le nom de TV5 monde, de la mise en place de l’Association internationale des maires francophones (AIMF) et, finalement, de la création de l’Université Senghor d’Alexandrie qui agit à titre de pôle d’échanges et de rencontres [6]. Le plus important organe décisionnel de l’OIF est le Sommet de la Francophonie qui a lieu tous les deux ans et qui regroupe les différents chefs d’État et de gouvernement qui en font partie.

Quelles retombées pour l’Ontario ?

Bien que l’adhésion de l’Ontario à l’OIF suscite un grand enthousiasme, il est tout de même légitime de se questionner à la fois sur la nature et sur le degré d’importance des retombées pour la province. En d’autres mots, s’agit-il simplement d’un geste à valeur symbolique ou l’Ontario peut-elle réellement s’attendre à des bénéfices concrets ? À mon humble avis, la deuxième hypothèse semble être la plus probable.

Tout d’abord, il ne faut pas oublier que le Canada agit lui-même à titre d’État membre de l’OIF. Par conséquent, comme le rapporte le journaliste Philippe Orfali dans un article paru le 22 juillet 2016 dans Le Devoir, « les Franco-Ontariens ont déjà accès à tous les programmes de l’organisation » [7]. Ceci étant dit, l’obtention d’un statut d’observateur permettra à l’Ontario de s’assoir à la table des discussions et, ainsi, exprimer clairement son point de vue en matière de francophonie. Selon Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, il faut comprendre que cette adhésion, à titre de membre observateur, n’est que le premier pas d’un processus ambitieux ayant pour objectif d’accéder au statut de « gouvernement participant » [8].

Par ailleurs, il ressort également de l’adhésion de l’Ontario à l’OIF certains éléments concrets qui auront un impact non négligeable sur l’avenir de la communauté franco-ontarienne [9]. Permettez-moi ici de préciser trois éléments en particulier.

Pour commencer, il est évident que sur le plan de la visibilité internationale, l’Ontario sort gagnant de cette adhésion. En effet, sa notoriété ainsi que sa crédibilité en matière de droits linguistiques ne peuvent que se consolider. La province de l’Ontario aura dorénavant la possibilité de faire valoir son opinion au sein de ce forum international, en plus d’avoir l’occasion d’échanger directement avec plus de 80 États totalisant près de 900 millions d’habitants [10].

Ensuite, il est évident que l’adhésion à cet organisme d’envergure internationale favorise le partage de connaissances avec différentes communautés linguistiques étrangères en situation minoritaire. Les Franco-Ontariens étant minoritaires sur le territoire de la province, le gouvernement de l’Ontario pourra ainsi, en élargissant ses horizons, échanger plus facilement et s’inspirer d’initiatives étrangères qui visent à bonifier et à maximiser la reconnaissance et le respect de ses droits.

Finalement, le dernier élément pertinent à soulever est que l’adhésion de l’Ontario à l’OIF ne peut qu’être bénéfique pour l’immigration francophone dans la province. Selon une étude récente publiée en octobre 2016 [11], le nombre d’immigrants francophones en Ontario de 2010 à 2015 est à la baisse. C’est d’ailleurs pour contrer cette chute graduelle, qui ne semble pas vouloir s’estomper, qu’en 2012 le gouvernement ontarien s’est fixé une cible d’immigration francophone qui équivaudrait à 5 % de son immigration totale [12]. Nul doute que l’adhésion de l’Ontario à l’OIF sera bénéfique dans l’atteinte de cet objectif. En effet, le gouvernement de la province pourra ainsi pallier ce phénomène d’immigration francophone à la baisse en essayant de créer des liens solides avec ses partenaires, et, ainsi, mieux cibler sa clientèle.

En somme, on constate que l’Ontario a de grandes ambitions en matière de francophonie. Certains diront sans doute qu’il commençait à se faire tard, mais, quant à moi, je crois que nous devrions davantage nous réjouir de cet engagement réel de la part de nos voisins. Cela témoigne, à mon sens, d’une marque de respect et de fierté, en plus d’une reconnaissance de l’importance accordée à l’héritage francophone au Canada. Espérons donc que ce moment historique soit garant d’un avenir prospère pour la communauté franco-ontarienne.

[1] Philippe Orfali, « L’Ontario devient membre de l’OIF », LeDevoir, 28 novembre 2016, en ligne : <http://www.ledevoir.com/politique/canada/485719/l-ontario-enfin-membre-de-l-organisation-internationale-de-la-francophonie> (consulté le 21 janvier 2017).
[2] L’EXPRESS, « L’Ontario à l’OIF : « un moment exaltant »  », L’Express, 28 novembre 2016, en ligne : <https://l-express.ca/lontario-a-loif-un-moment-exaltant> (consulté le 21 janvier 2017).
[3] STATISTIQUE CANADA, « Le français et la francophonie au Canada », Statcan, en ligne : <https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2011/as-sa/98-314-x/98-314-x2011003_1-fra.cfm> (consulté le 21 janvier 2017).
[4] ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE, « 84 États et gouvernements », Francophonie, en ligne : <http://www.francophonie.org/-84-Etats-et-gouvernements> (consulté le 21 janvier 2017).
[5] ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE, « Qu’est-ce que la francophonie ? », Francophonie, en ligne : <http://www.francophonie.org/-Qu-est-ce-que-la-Francophonie-.html> (consulté le 21 janvier 2017).
[6] Id.
[7] Philippe Orfali, « L’Ontario présente une demande d’adhésion à l’OIF », LeDevoir, 22 juillet 2016, en ligne : <http://www.ledevoir.com/politique/canada/476124/francophonie-l-ontario-aura-la-chance-de-se-joindre-a-l-oif> (consulté le 21 janvier 2017).
[8] L’EXPRESS, « L’Ontario à l’OIF : «un moment exaltant » », L’Express, 28 novembre 2016, en ligne : <https://l-express.ca/lontario-a-loif-un-moment-exaltant> (consulté le 21 janvier 2017).
[9] Étienne Fortin-Gauthier, « L’Ontario dans la francophonie : ce qui va changer », Tfo, 26 novembre 2016, en ligne : <http://www5.tfo.org/onfr/lontario-dans-la-francophonie-ce-qui-va-changer> (consulté le 21 janvier 2017).
[10] ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE, « 84 États et gouvernements », Francophonie, en ligne : <http://www.francophonie.org/-84-Etats-et-gouvernements> (consulté le 21 janvier 2017).
[11] Annie Poulin, « L’immigration francophone au plus bas depuis 15 ans », Radio-Canada, 31 octobre 2016, en ligne : <http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/811481/immigration-francophone-ontario> (consulté le 21 janvier 2017).
[12] GOUVERNEMENT DE L’ONTARIO, MINISTÈRE DES AFFAIRES CIVIQUES ET DE L’IMMIGRATION, Groupe d’expertes et experts sur l’immigration francophone 2015-2016, en ligne : < http://www.citizenship.gov.on.ca/french/keyinitiatives/imm_str/strategy/goex_report.shtml> (consulté le 21 janvier 2017).

 

*The opinions expressed in this article are the author’s own and do not necessarily reflect the view of the National Observatory on Language Rights.

*Toutes opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la vision de l’Observatoire national en matière de droits linguistiques.

This content has been updated on 28 January 2017 at 10 h 53 min.

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