États-Unis

Les États-Unis et l’absence de politique linguistique

Démographie

La population américaine s’élève à environ 322 millions d’habitants en 2015. Sur cet ensemble, les deux langues les plus parlées sont l’anglais (82%) et l’espagnol (10%).

 

Historique

La situation au fédéral

Les États-Unis n’ont pas de politique linguistique, la Constitution américaine de 1787 étant silencieuse à ce sujet. Les pères fondateurs, à l’époque, n’ont pas voulu faire de l’anglais la langue officielle, pensant que celle-ci s’imposerait d’elle-même. Ils ont donc pris une décision centralisée d’adopter une politique non interventionniste (il est important de préciser que l’absence de politique linguistique demeure une politique en soi). Cette politique a tout de même mené à l’anglicisation de nombreuses personnes.

 

Dans les faits, la langue anglaise a longtemps été la seule utilisée par le gouvernement américain. Il a fallu attendre l’intervention du président Bill Clinton par son décret présidentiel EO-13166[1] pour que certains types de documents soient traduits dans une autre langue, notamment les procédures d’immigration, les soins médicaux des immigrants ainsi que ceux concernant le droit de vote, les écoles et les procès.

 

En matière d’éducation, les demandes de la population hispanophone ont entrainé des modifications dans le secteur de l’éducation. Ces nouvelles mesures, adoptées dans la lignée du Civil Rights Act de 1964[2], sont le Bilingual Education Act de 1965[3], l’Emergency School Aid Act[4], l’Indian Education Act[5] et l’Ethnic Heritage Program[6], tous de 1972.

 

En ce qui concerne le Bilingual Education Act, il prévoit des subventions gouvernementales aux établissements désirant offrir des programmes bilingues. Les étudiants pouvant jouir de ces mesures sont ceux qui possèdent une connaissance limitée de l’anglais, le but de cette mesure étant d’éviter que des enfants quittent l’école en raison de problèmes reliés à la langue.

 

Relativement à la situation des Amérindiens, ces derniers ont longtemps été exclus des décisions politiques. Ils ont obtenu des droits en matière linguistique à la fin des années 1990, quand la Native American Languages Act de 1990[7], la Native American Languages Act Amendments Act de 2001[8] et la Southwest Native American Language Revitalization Act de 2003[9] ont été adoptées. Ces lois contiennent seulement des suggestions pour protéger les langues autochtones.

 

Comme les États-Unis sont une fédération, il existe deux paliers gouvernementaux qui se partagent les pouvoirs. Alors que le fédéral ne possède aucune politique linguistique pour le territoire américain, ce n’est pas le cas du côté des États.

 

La situation au sein des États

Sur cinquante, trente-et-un États ont adopté l’anglais comme langue officielle. Parallèlement à cela, Hawaï possède une législation consacrant deux langues officielles : l’hawaïen et l’anglais.

 

Deux courants distincts existent dans la société américaine, et ce, malgré la quasi-uniformité des politiques linguistique du palier étatique : les adeptes de l’unilinguisme anglais et ceux du multilinguisme. La première tendance est plus marquée aux États-Unis : selon celle-ci, l’anglais est menacé par des minorités puissantes. US English, ProEnglish et English First sont parmi les quelques groupes de pression représentant cette idée. Le courant du multilinguisme est moins présent. Il est composé d’hispanophones démocrates et d’universitaires se rassemblant dans le groupe de pression English Plus. Le Nouveau-Mexique, l’Oregon, Washington et le Rhode Island sont des États préférant cette vision. Certains partisans de cette école avancent que la mise en place d’une langue officielle ne va pas forcément transformer les allophones en anglophones.

 

Enjeu juridique

Le problème majeur de la mise en place d’une politique linguistique non interventionniste est le manque de protection des minorités linguistiques.

 

 

[1] Improving access for people of limited English proficiency, 16 août 2000, en ligne : <http://www.dol.gov/oasam/regs/statutes/eo13166.htm> (consulté 1er avril 2016)

[2] Civil Rights Act 1964, 2 juillet 1964, en ligne : <http://www.eeoc.gov/eeoc/history/50th/thelaw/civil_rights_act.cfm> (consulté 1er avril 2016)

[3] Bilingual Education Act 1965, n.d., en ligne : <http://legcounsel.house.gov/Comps/EDII_CMD.PDF> (consulté 1er avril 2016)

[4] Emergency School Aid Act 1972, 23 juin 1972, en ligne : <https://www.gpo.gov/fdsys/pkg/STATUTE-86/pdf/STATUTE-86-Pg235.pdf> (consulté 1er avril 2016)

[5] Indian Education Act 1972, 23 juin 1972, en ligne : <https://www.gpo.gov/fdsys/pkg/STATUTE-86/pdf/STATUTE-86-Pg235.pdf> (consulté 1er avril 2016)

[6] Ethnic Heritage Program 1972, 23 juin 1972, en ligne : <https://www.gpo.gov/fdsys/pkg/STATUTE-86/pdf/STATUTE-86-Pg235.pdf> (consulté 1er avril 2016)

[7] Emergency School Aid Act 1972, 30 octobre 1990, en ligne: <https://www.gpo.gov/fdsys/pkg/STATUTE-104/pdf/STATUTE-104-Pg1152.pdf> (consulté 1er avril 2016)

[8] Native American Languages Act Amendments Act 2001, 3 avril 2001, <https://www.govtrack.us/congress/bills/107/hr1337/text/ih> (consulté 1er avril 2016)

[9] Southwest Native American Language Revitalization Act 2003, 8 juillet 2003, <https://www.govtrack.us/congress/bills/108/s1377/text> (consulté 1er avril 2016)

 

Ce contenu a été mis à jour le 31 janvier 2017 à 9 h 56 min.